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Sur le quai de la gare Saint-Jean, il y a ce matin-là plus de touristes que d’habitués, et l’on se faufile entre les valises pour trouver le TER de Libourne et au-delà. Le train n’a rien de spectaculaire : des sièges bleus, une odeur de café, une fenêtre qui montre bientôt des rangées de vignes serrées jusqu’à l’horizon. Environ 40 minutes plus tard, nous descendons à Saint-Émilion, sur un quai minuscule, avec devant nous un village de pierre claire accroché à son coteau.
Comment y aller
Depuis Bordeaux, le TER pour Saint-Émilion part de la gare Saint-Jean et met environ 40 minutes. La gare du village est à l’écart du centre, à une distance qui se parcourt à pied en montant, un peu plus d’un kilomètre selon l’itinéraire. Le chemin est agréable et grimpe doucement entre les vignes, mais il demande de bonnes chaussures et un peu de souffle. Avec une valise à roulettes, les pavés du village sont moins amicaux, d’où l’intérêt de voyager léger.
Il n’est pas nécessaire d’avoir une voiture pour ce week-end, et c’est même une bonne manière de profiter du vin sans se soucier du retour. Les horaires et les durées sont à vérifier avant le départ.
Samedi : le village et sa pierre
Saint-Émilion est un village qui se visite avec les jambes. Ses ruelles sont pentues, ses murs sont de calcaire doré, et chaque tournant ouvre une vue sur un toit de tuiles et la plaine de vignes en contrebas. On commence par la place du marché, petite et ombragée, puis on se laisse guider par les rues qui descendent vers l’église monolithe, creusée dans la roche. Cet édifice souterrain, l’un des plus étonnants de la région, se visite avec un guide, et il vaut mieux réserver à l’avance.
Le déjeuner se prend sur une terrasse, avec un plat simple et un verre de vin du coin. L’après-midi, on peut grimper en haut du clocher ou de la tour du Roy pour embrasser le paysage. Les vignes qui entourent le village sont classées par l’UNESCO, et on devine pourquoi : tout y paraît dessiné à la main, ligne après ligne, jusqu’à la rivière.
Le soir, la foule des visiteurs d’une journée se disperse. Le village retrouve alors un calme presque monastique, avec ses ruelles éclairées et ses fenêtres qui s’allument. C’est le meilleur moment de la journée, et c’est aussi la raison pour laquelle on vient y dormir.
Où dormir
Pour une nuit, deux options se présentent. La première consiste à dormir dans le village même, dans l’une des maisons de pierre transformées en chambres d’hôtes ou en petits hôtels, avec vue sur les toits ou sur les vignes. C’est le choix le plus romantique, mais aussi le plus demandé en haute saison. La seconde est de loger dans un domaine viticole des environs, où l’on se retrouve en pleine campagne, à condition de pouvoir être récupéré en taxi ou par l’hôte. Quant à la gare, elle est trop éloignée pour s’y installer à pied avec ses bagages. Dans les deux cas, réserver tôt est prudent, surtout au moment des vendanges.
Dimanche : dans les vignes
Le dimanche matin, un petit-déjeuner lent, puis une marche dans les vignes. Des sentiers partent du village et traversent les parcelles, avec des panneaux qui indiquent les propriétés. Nous avons suivi un chemin de terre entre deux rangs de cépages, avec sous les pieds des cailloux blancs et sur la tête un ciel limpide. Il y a quelque chose de très apaisant à marcher dans un paysage aussi cultivé.
Si vous souhaitez une dégustation, mieux vaut réserver dans un domaine, de préférence à distance de marche, plutôt que de prendre la route. Beaucoup de propriétés accueillent les visiteurs, mais le dimanche, tout n’est pas ouvert, d’où l’intérêt de vérifier avant de s’y rendre. On peut aussi simplement goûter un verre sur une terrasse en regardant le soleil descendre.
Le macaron de Saint-Émilion, spécialité locale, est une bonne idée de souvenir. On en trouve dans plusieurs boutiques du village, et un petit sachet voyage très bien dans un sac à dos.
Le retour
Pour rentrer, on redescend à pied vers la gare, en profitant de la lumière du soir sur les rangs de vigne. Le TER du retour est souvent assez calme, avec des voyageurs fatigués et un peu rouges, qui regardent la campagne s’effacer. Environ 40 minutes plus tard, Bordeaux réapparaît, avec ses quais, son tram et son bruit. L’écart entre les deux ambiances est, justement, ce qui fait la valeur de l’escapade.
Un week-end sans voiture, et pourquoi c’est mieux
Dans une région de vignobles, la voiture pose un problème évident : on ne peut ni goûter ni conduire. Venir en train résout la question d’emblée. On goûte à son rythme, on marche entre deux dégustations, et l’on rentre sans calcul. Le TER n’a pas le prestige d’une visite guidée, mais il offre quelque chose de plus rare : une arrivée sans tension.
Nous avons aussi remarqué que le village est plus beau le matin, avant l’arrivée des cars, et le soir, quand les terrasses se vident. Pour en profiter, mieux vaut dormir sur place plutôt que de repartir à la fin de la journée. Un petit déjeuner dans une rue encore déserte vaut tous les panoramas du monde.
À savoir avant de partir
- Réserver la visite de l’église monolithe et les dégustations, surtout en haute saison.
- Apporter des chaussures confortables : les pavés et les pentes sont fréquents.
- Voyager léger, le village n’étant pas adapté aux grosses valises.
- Vérifier la météo et les jours d’ouverture, qui varient selon la saison.
- Prévoir l’eau, un chapeau et une protection solaire l’été : les vignes offrent peu d’ombre.
- Horaires et durées à vérifier avant le départ.
Saint-Émilion se mérite par l’effort de monter vers lui, et il rend ce que l’on donne : une nuit de silence, quelques kilomètres de vignes et le sentiment d’être très loin de tout, alors que la ville est à peine à 40 minutes.



