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À Lyon-Part-Dieu, le train pour Perpignan démarre tôt un samedi matin, et la ville est encore sous sa couche de brume quand on la quitte. Le Rhône apparaît, disparaît, puis la plaine devient plus sèche, plus plate, bordée de vignes et d’étangs. Vers Narbonne, la mer se montre par à-coups à gauche de la fenêtre, avec ses flamants roses dans les lagunes. On se dit que l’on a bien fait de choisir cette direction.
Comment y aller
Un TGV relie Lyon à Perpignan en environ 3 h 30 à 4 h selon les jours et les arrêts. De Perpignan, un TER mène à Collioure en une petite demi-heure, le long d’une ligne qui longe la côte à l’approche du village, entre rochers et criques. Au total, il faut compter environ 4 h 30 à 5 h de porte à porte, avec la correspondance. Ce n’est pas rien pour un week-end, mais l’arrivée en gare de Collioure, au pied des vignes en terrasses, rattrape tout.
Le village se parcourt entièrement à pied. La gare est au-dessus du centre, on descend par des escaliers et des ruelles, et les sacs se portent sans souci si l’on voyage léger. La voiture n’apporte rien ici, d’autant que le stationnement est limité en haute saison.
Samedi : le village, la baie, le château
On commence par la baie. L’église Notre-Dame-des-Anges, avec son clocher rond qui servait autrefois de phare, se reflète dans l’eau à côté de la plage. De l’autre côté, le château royal, massif, avance dans la mer comme un navire. On le visite à l’intérieur de ses remparts, ce qui permet de comprendre la situation militaire du lieu, frontière pendant des siècles entre la France et l’Espagne.
Le déjeuner se prend sur le front de mer ou dans une rue du quartier du Mouré. La cuisine du pays mêle poisson, tomates, huile d’olive et, bien sûr, les anchois de Collioure, qui sont la spécialité du lieu. On peut les goûter simplement avec du pain, accompagnés d’un verre de blanc du Roussillon.
L’après-midi est consacrée aux peintres. Matisse et Derain ont passé ici l’été 1905, et c’est là que la couleur pure a surgi dans leur travail. Un parcours balisé dans le village permet de retrouver les emplacements où ils ont posé leur chevalet, avec des reproductions de leurs toiles. L’exercice est joli : on regarde un tableau, puis le paysage, et l’on constate que la lumière n’a pas tellement changé.
Avant le dîner, on grimpe sur le sentier qui monte vers le fort Saint-Elme pour une vue d’ensemble, ou l’on se contente de boire un verre sur le port en regardant les barques catalanes rentrer.
Dimanche : de Banyuls aux vignes
Le dimanche, on pousse vers le sud. Un bus ou un TER local rejoint Banyuls-sur-Mer, deuxième petit port de la Côte Vermeille, avec sa plage, son aquarium de recherche et ses caves où l’on goûte le vin doux du même nom. Les vignes sont plantées en terrasses sur des pentes très raides, et la vue depuis les hauteurs donne une idée du travail que cela représente.
Pour les marcheurs, un sentier relie Collioure à Banyuls par la crête, avec plusieurs heures de marche et de belles vues sur la mer. C’est une randonnée sérieuse, sans ombre : eau, chapeau et bonnes chaussures indispensables. Pour les autres, une promenade plus brève sur le front de mer suffit à comprendre l’endroit.
On peut aussi consacrer la matinée à une visite de cave. Les producteurs de la région accueillent volontiers les visiteurs, de préférence sur rendez-vous. On y goûte des vins secs et des vins doux, et l’on repart avec une ou deux bouteilles, à condition de ne pas oublier que le train du retour reste un retour en train.
Une soirée à garder pour soi
Le samedi soir, il vaut la peine de ne rien prévoir. On s’assoit sur le muret du port, face à la baie, avec un peu de pain et de fromage achetés l’après-midi. Les lumières du château s’allument, le clocher de l’église se détache sur un ciel violet, et les bateaux oscillent doucement. Les ruelles du village se vident, sauf autour des terrasses, et l’on entend plus nettement les cloches et les voix.
Le lendemain matin, le café se prend sur la place, avant que les visiteurs d’une journée n’arrivent. C’est à ce moment que le village paraît le plus lui-même, avec ses commerçants qui ouvrent les volets et ses pêcheurs qui rangent les filets. Ce quart d’heure suffit à justifier tout le voyage.
Où dormir
Dans le centre de Collioure, les chambres d’hôtes et petits hôtels occupent d’anciennes maisons de pêcheurs aux murs colorés. Le quartier du Faubourg, plus calme, convient à qui préfère dormir sans bruit de terrasse. Les hébergements remplissent vite au printemps et en été : on réserve en avance. Je n’indique aucun nom, la vérification des avis récents reste la meilleure méthode.
Le retour
Le TER du dimanche en fin d’après-midi rejoint Perpignan, d’où le TGV remonte vers Lyon à la nuit tombée. On a le temps de relire ses notes, de regarder défiler les étangs sous le dernier jour. Un week-end à Collioure se termine toujours un peu trop tôt, c’est sa qualité principale.
Collioure n’est pas la plus facile des destinations : elle demande un long trajet et deux trains. Mais elle donne, pour cet effort, un village entier au bord de l’eau et un dimanche qui sent le sel et la vigne.
À savoir avant de partir
- Vérifier la correspondance entre le TGV et le TER à Perpignan avant de réserver.
- Voyager léger : le village comporte des escaliers et des rues pavées.
- La tramontane, vent du nord, peut être forte : prévoir un vêtement coupe-vent.
- Pour la marche vers Banyuls, partir tôt et emporter beaucoup d’eau.
- Contacter à l’avance les caves que l’on souhaite visiter.
- Horaires et durées à vérifier avant le départ.



