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Gare de l’Est, samedi matin. Le TGV pour Reims quitte Paris à peine le café avalé, et déjà les champs de la Brie défilent par la vitre. Le trajet dure environ 45 min, si court que l’on a à peine le temps de sortir un livre. À l’arrivée, la gare de Reims donne sur un long parvis où l’on marche vers le centre avec l’impression d’être arrivé bien plus loin qu’on ne l’est. Ce voyage trop rapide impose une discipline : sans plan, on dépense le week-end en deux heures et l’on se retrouve sur une terrasse en se demandant quoi faire.
Pour éviter cela, on découpe chaque journée en trois temps : un matin, un après-midi, un soir. Cela donne six cases pour deux jours, et l’on décide, case par case, ce qui y entre. C’est une méthode que l’on a le temps d’apprécier à Reims, ville où la richesse du patrimoine pourrait vite tourner à l’indigestion.
Le principe des trois temps
Chaque temps reçoit une seule intention. Le matin, une visite ou une marche qui demande de l’attention. L’après-midi, quelque chose de plus lâche, un quartier à découvrir sans but. Le soir, un repas et une promenade digestive. On ne remplit pas les interstices. Le vide entre deux activités n’est pas du temps perdu : c’est ce qui permet de regarder une façade plutôt que de la photographier.
Cette méthode a un avantage secondaire : elle rend les imprévus acceptables. Si l’on perd une heure à une file d’attente, on supprime la case du soir ou on la raccourcit, et le week-end tient toujours.
Samedi matin : la cathédrale
On commence par la cathédrale Notre-Dame, où furent sacrés les rois de France. Sa façade, couverte de statues, révèle ses détails quand on s’attarde : l’ange au sourire, les rangées de rois, la rosace. À l’intérieur, les vitraux de Chagall, dans la chapelle axiale, composent une lumière bleue qui change avec l’heure. On y consacre une matinée entière, sans la remplir d’un autre programme. Les conditions d’accès, notamment pour les tours, se vérifient sur le site officiel.
Samedi après-midi : sans but précis
Après le déjeuner, on laisse le plan se défaire. On se promène dans le centre, jusqu’à la place Drouet-d’Erlon et ses terrasses, ou vers la place royale dessinée au dix-huitième siècle. On pousse jusqu’à la basilique Saint-Remi, dans un quartier plus calme, avec ses voûtes massives. L’après-midi se construit à l’envie, sans objectif à cocher.
Samedi soir : la table
Le dîner est le point fort de la journée. À Reims, on a l’occasion de goûter un champagne dans un bar à vins ou à la table d’un restaurant, avec modération et sans chercher la bouteille la plus célèbre. On réserve la table dans l’après-midi, puis on rentre à pied en regardant la cathédrale éclairée.
Dimanche matin : une cave ou un marché
Le dimanche matin se consacre à une visite plus calme. Une cave de champagne, que l’on réserve à l’avance parce que les créneaux sont limités, offre un contact avec les galeries creusées dans la craie. À défaut, les Halles du Boulingrin, de style Art déco, donnent l’occasion de flâner entre les étals quand elles sont ouvertes. On choisit l’une ou l’autre, jamais les deux.
Dimanche après-midi : une dernière marche
L’après-midi du dimanche reste volontairement ouvert. On peut aller jusqu’à la chapelle Foujita, petite et décorée de fresques, ou longer le canal par un chemin de halage. On garde surtout du temps pour le retour, car le train est court mais il est complet le dimanche soir.
Dimanche soir : la rentrée sans courir
Le dernier temps de la journée est celui du retour. On évite d’y glisser une activité, parce qu’il suffit à lui seul : récupération des bagages, marche jusqu’à la gare, quai, voiture. À Paris, le soir du dimanche arrive avec la fatigue douce d’un week-end bien rempli et la satisfaction de ne pas avoir couru.
La méthode a ses limites, et il vaut mieux les connaître. Elle convient aux voyageurs qui aiment le calme et la régularité, moins à ceux qui cherchent l’improvisation totale. Elle fonctionne bien à deux ou en petit groupe, où chacun peut proposer une case sans que la journée devienne un compromis. Si l’on voyage avec des enfants, on raccourcit chaque temps et l’on ajoute une pause, parce que leur rythme n’est pas celui d’un adulte pressé.
Reims se prête à cet exercice parce que ses distances sont modestes. La cathédrale, la place Drouet-d’Erlon, la basilique Saint-Remi, tout se rejoint à pied ou en quelques minutes de tramway. Le week-end gagne ainsi en densité sans perdre en légèreté, et l’on rentre avec le sentiment d’avoir vraiment vu la ville plutôt que de l’avoir traversée.
Où dormir pour trois temps par jour
Pour bénéficier de cette méthode, on dort au centre, à distance de marche de la cathédrale. Un hôtel du centre-ville facilite les allers-retours entre deux temps. Un quartier plus éloigné impose des trajets qui rognent les cases. Une chambre d’hôtes dans une maison ancienne apporte un cadre agréable, à condition de vérifier l’heure d’arrivée et la possibilité de laisser un bagage après la remise des clés.
À savoir avant de partir
- Fixer six cases pour deux jours et ne mettre qu’une idée par case.
- Réserver à l’avance la cave de champagne et le dîner du samedi.
- Vérifier les horaires d’ouverture de la cathédrale, de la basilique et des halles.
- Choisir un hébergement qui permet de déposer un bagage.
- Prévoir un train du retour avec de la marge, le dimanche soir étant chargé.
- Consommer l’alcool avec mesure et prévoir de rentrer à pied.
Les durées sont approximatives : horaires et durées à vérifier avant le départ.



